« Pour ensorceler mon parchemin en résolvant des math uniquement par mes talents magiques » disait Fernand. Après cette affirmation et son bête sourire de petit gamin abruti, on aurait pu faire des trucs dégueulasses avec sa baguette si notre cruauté égalait sa connerie.
Ce qui n'était pas le cas, alors on s'est contenté de le piquer avec pendant vingt-cinq minutes.
Le plus rigolo c'est qu'il n'essayait même pas de se défendre pendant qu'on faisait du gruyère avec ses petits muscles de poulet : Harry Potter est vulnérable sans sa baguette, alors un mec qui se prend pour Harry Potter sans son stylo qui se prend pour une baguette, il est foutu. Et encore plus rigolo, mais plutôt malin, c'est qu'il priait, en remerciant son auteur préférée d'avoir donnée une baguette à son héros préféré et non un poignard. Et ce qui était vraiment plus rigolo, c'est qu'il a pleuré. Mais le plus rigolo de tous les trucs rigolos, c'est qu'il avait 25 ans. Au niveau scolaire il avait en effet quelques retards, sans doute à cause de son leitmotiv face à ses camarades de seize ou dix-sept ans « T'as déjà vu Harry Potter utilisés des notes pour combattre le mal ? Je crois pas noooon*ton strident à souhait méritant des baffes* » Il rajoutait aussi qu'un jour tout sera diffèrent, et comme dans les romans, un gigantesque retournement de situation se produira et Harry/Fernand finira par triompher.
Ben voyons.
Quinze minutes avant retournement de situation sensationnel. Ces événements se passent en heure d'études. Du fond de la pièce, seul sur un banc (note: moi aussi en écrivant ce récit), Fernand observait ses camarades se faire déplacer d'une chaise à l'autre par l'éducatrice parce qu'ils discutaient un peu trop. Pendant quelques minutes il rigolait de voir ses tortionnaires en si mauvaise posture, mais soudainement un ersatz de question fort connue lui effleura l'esprit : « Qu'est-ce que Harry Potter ferait ? ». Fernand dut admettre qu'en pareille situation, Harry aurait été courageux et aurait sauvé ses camarades de la main de fer d'une éducatrice tyrannique.
Il était prêt. Il avait répété chaque formule des milliers de fois avec un accent parfait, et se sentait d'attaque pour enfin allier sa baguette à ses incantations, et déclencher l'apocalypse magique entre la vingtaine de tables et la quarantaine de chaises. Si Fernand avait été malpoli, il aurait dit « Ça va chier ! ».
Mais ce fut « Tremblez devant mon courroux! » qu'on entendit lorsqu'il se dressa debout sur sa chaise.
Malheureusement pour lui, aucun des romans n'évoquaient une quelconque formule pour contrer des autorités en milieu scolaire, mais après lecture de ses 7 bibles il avait déduit qu'Harry avait un grand sens de l'improvisation, alors lui aussi bénéficiait de cet art. De fait, avant qu'on se soit tous remis de notre stupeur, Fernand eut une idée de génie, que dis-je, la plus grand idée du millénaire..... ou pas, comme on dit aujourd'hui.
Personne ne savait ce qu'était censé provoquer son incantation digne d'un nom de famille de Pokemon, mais ce qu'on savait en revanche c'est qu'avec un bout de bois à la place de son stylo-baguette, le sort avait peu de chance d'être fulgurant. En voulant aider des gens s'adonnant sans arrêt aux pires brimades envers lui, il allait tomber encore plus bas.
A défaut d'être autorisé à lui mettre des baffes, la direction de l'école avait toujours trépignée d'impatience de le tabasser de punitions, qui ne pourraient être justifiées que par un mauvais comportement. C'était l'occasion rêvée, et nous, élèves qu'il voulait sauver il y a encore quelques secondes, jubilions dans l'attente du coup de grâce. Son heure était venue, les carottes étaient cuites, comme on dit aujourd'hui. Devant lui se tenait l'éducatrice, réclamant son journal, pour lui assener une remarque fatale.
Il sorti alors son bic de son sac, mais pas son journal. Et soudain s'enflamma l'éducatrice devant nous.
Réduite en cendres par le bic-baguette de Fernand. Le reste de la semaine furent les plus beaux jours de sa triste vie, malgré un nombre incalculable de retenues, ses camarades voyaient en lui un héros. Lundi matin, le début d'une nouvelle semaine de louanges, il souriait enfin avant d'aller en cours.
Mais pas longtemps, c'était à son tour d'avoir le c½ur carbonisé, ce qui se produisit en lisant sa lettre annonçant qu'Harry était pacifiste, et que Fernand était banni du Fan-Club à vie en punition de son crime.




